Et effectivement.
Mais son imagination étant sans limite, les scénarios qui me mettent en scène ne me représentent pas forcement à mon avantage. A de rares exceptions près, je suis plutôt dépeint comme une brave brute inculte, une sorte de beauf sympathique et un peu obsédé sexuel, ou comme un vieux garçon rétrograde et un peu bougon, naufragé du XXème siècle dans l'océan du XXIème. Je suis donc acteur malgré moi des nouvelles teintées d'amertume du Maupassant de la psychothérapie.
Bien entendu, ces histoires improbables, voire rigoureusement impossibles racontent l'histoire d'un personnage dont je ne serais que l'interprète et étant le mieux placé pour connaître la réalité des faits, je me délecte d'autant plus de leur caractère fictif.
Mais ces fictions, à quel point sont elles confondues avec la réalité dans l'esprit des nombreux amateurs du blog de Philippe? A vous cette question peut paraitre futile mais à moi pas du tout, car c'est mon image personnelle qui est en jeu! A mon grand étonnement, Philippe rapporte dans un de ses articles qu'un de ses jeunes lecteurs a pris au premier degré la saynète qui lui était contée. Mettant ce manque de discernement sur le compte de la différence d'âge, Philippe nous explique que les jeunes ne respectent rien, ce qui est loin d'être totalement faux. Mais sont-ils les seuls à tomber dans le panneau? La lecture des commentaires accompagnant ce même article me laisse supposer le contraire. Diderot a beau faire la part des choses entre l'acteur et son personnage, les spectateurs continuent de les confondre.
Diderot aurait été consultant pour Pagnol, parait-il...
Ayant fait part de mon étonnement à Philippe, il m'expliqua doctement que les humains donnent plus de valeur à leurs croyances qu'à la réalité. Peu importe que Nietzsche ait énoncé, il y a plus d'un siècle que "La croyance forte ne prouve que sa force, non la vérité de ce qu'on croit", ils continuent à préférer la légende à la vérité. J'ai donc le privilège d'avoir ma propre légende et la disgrâce qu'elle ne soit pas toujours flatteuse. Dès lors, l'impérieuse nécessité de corriger la fallacieuse image qui a pu être donnée de moi m'apparait clairement.
Mine de rien, j'ai déjà commencé en parsemant mon texte de références littéraires et philosophiques laissant croire à ma grande érudition.

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Mais il me faut aller plus loin en prenant le contrepied systématique des assertions fantaisistes écrites à mon sujet. Je dois donc m'efforcer de paraitre délicat, intelligent, distingué et bien en phase avec l'époque actuelle. Un type qui boit des smoothies, fait du vélo pour lutter contre le réchauffement climatique et son embonpoint, se tartine avec des crèmes de nuit, se fringue chez Zadig ou à défaut dans une boutique de commerce équitable, hante les happenings parisiens branchés et va voir les films d'art et d'essai. Bref, une sorte de "pédale hétérosexuelle", si vous me pardonnez l'oxymore. En un mot: un métrosexuel.

Je ne bois plus que ça.
Mais le dire est une chose et le faire en est une autre. Par quoi vais-je commencer pour atteindre mon but? Il me faut quelque chose de visible, quelque chose qui frappe les esprits et forge ma légende, même si c'est complètement futile. L'important est que le message reste gravé dans les esprits. Pour me défaire de l'image vieillotte qui me colle à la peau, je dois faire quelque chose qui soit frappée du sceau de la modernité quelque chose qu'un Gabin ou un Ventura n'aurait jamais fait. Il faut aussi démontrer le soin que je prends de mon corps et de la nature, sans oublier l'aspect artistique de la chose.
Pour respecter ces différents critères, une idée me vient à l'esprit: A l'instar des saltimbanques ou des sportifs, je vais montrer mon cul!
Bien sûr, le motif officiel de cet exhibitionnisme sera une bonne cause au profit de laquelle un calendrier sera vendu avec une photo de Gringo tout nu pour chaque mois de l'année. Je vois bien Janvier allongé sur une fourrure, Mai sur une balançoire, Septembre dans les vignes, etc., etc., vos idées sur le sujet sont les bienvenues.
En guise de bonus et pour attirer le lecteur (et surtout la lectrice!), je vous offre déjà le mois d'Août.







